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juristes ont beaucoup travaillé ces dernières
années pour créer un cadre juridique
le plus cohérent possible (pour ne pas
dire « le moins incohérent possible).
L’Europe a été un moteur important
et je m’en réjouis, car il aurait
été insupportable de voir des pays
voisins adopter des normes différentes.
Je mesure le chemin accompli selon une échelle
de prévisibilité : un client-investisseur
est souvent prêt à accepter beaucoup
de contraintes, mais jamais l’insécurité
ou l’imprévisibilité. Or,
il y a quelques années, nous devions
parfois jouer à Madame-Soleil et deviner
ce qui allait se passer. Aujourd’hui cette
situation se raréfie et c’est tant
mieux pour tout le monde.
Malheureusement le prix à payer est
important : le droit des nouvelles technologies
a connu une inflation galopante et s’est
terriblement complexifié, parfois au
point de le mettre hors de portée du
justiciable qui n’y a plus accès
sans une assistance spécialisée.
Et puis, il y a les choses qui me chagrinent.
Notamment, je reste parfois bouche bée
(mais parfois on peut aussi en rire) devant
la pauvreté de certains textes législatifs
européens et nationaux, dont on a le
sentiment qu’ils traduisent une réaction
épidermique au détriment d’une
réflexion de fond, quand ils ne sont
pas tout simplement le reflet d’un lobbying
intense.
Le droit d’auteur à l’heure
du numérique est une merveilleuse illustration
: le régime des exceptions créé
par la directive européenne frise le
ridicule ; l’industrie joue l’autruche
en tentant d’appliquer dans un monde numérique
des textes conçus à une autre
époque ; et les pirates font semblants
de ne pas comprendre qu’ils tuent la création
qu’ils disent aimer. Joli tableau ! Pourtant,
les défis sont de taille et sans repenser
entièrement le système on va droit
au mur. Il est grand temps de s’atteler
à ce chantier fondamental.
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